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Egalite 91

Les amis de Laurent FABIUS en Essonne

Lettre de Laurent FABIUS aux militantes et militants socialistes

JL | 14 Novembre, 2006 10:29

Chère camarade, cher camarade,

Je t’écris cette lettre car, à l’heure de la décision, je souhaite te convaincre que, si tu m’accordes ta confiance, ensemble nous ferons gagner les socialistes et la gauche en 2007. Ensemble, nous réussirons le changement.

Les 16 et 23 novembre prochains, tu feras ton choix. En toute liberté. Le socialisme, c’est d’abord un choix de liberté. Ne te laisse pas dicter ton vote de l’extérieur. Ne te demande pas ce que les autres sont censés voter, mais ce que, toi, tu veux pour ton pays et pour la gauche. Au fond de toi, tu sais la vérité : nous ne gagnerons la présidentielle que si nousréussissons à remobiliser les électeurs que nous avons perdus et à en conquérir de nouveaux. Ceux-là seront au rendez-vous électoral s’ils ont la certitude que la gauche a pris la mesure de l’urgence sociale. A quoi bon voter si rien ne change au quotidien ?

Oui, en 2007, le temps de la gauche est venu. Une gauche d’alternance, pas une gauche d’apparence. Il faut d’urgence une autre politique pour la France. Chirac a échoué, Sarkozy fait peur, Le Pen est en embuscade, le changement doit venir de nous.

Pour mériter la confiance, nous devons répondre à au moins trois exigences. C’est le sens de ma candidature.

L’ancrage populaire. Durant la campagne, notre candidat sera en phase avec les électrices et les électeurs de gauche s’il est à l’unisson des mobilisations populaires depuis 2002 : le refus du démantèlement des retraites en 2003, l’opposition frontale à la droite lors des scrutins de 2004, la volonté de stopper la dérive libérale de l’Europe en 2005, le combat de la jeunesse contre le CPE en 2006. J’ai entendu en particulier la demande profonde des banlieues et je veux que nous y répondions en traitant partout avec la même détermination la question de l’égalité et celle de la sécurité. 2007 doit être le prolongement des combats et des attentes populaires.

La fidélité à nos valeurs républicaines et laïques. Nous aurons à combattre Sarkozy et sa dangereuse devise, Libéralisme-Communautarisme-Bushisme. Notre candidat aura d’autant plus de chances de l’emporter qu’il aura inlassablement défendu l’identité républicaine de la France, et d’abord la laïcité, aujourd’hui mise en cause dans les quartiers, à l’hôpital, à l’université par la montée du communautarisme. Depuis longtemps, je me suis engagé avec force pour que la laïcité soit réaffirmée à l’école. Je refuse toute révision de la loi de 1905 et tout recensement ethnique. Je récuse toute confusion entre la politique et la religion, toute intrusion de la foi dans la loi, toute abdication de la citoyenneté face aux communautés. Désigné et élu, je serai le premier militant et le premier garant de notre pacte laïc.

La volonté de mettre réellement en œuvre notre projet socialiste. Notre projet, c’est notre force face à la droite. Il est l’œuvre collective des socialistes. Il permet de rassembler toute la gauche. Il répond à l’urgence sociale et donne des outils pour préparer l’avenir. Je me sens pleinement candidat du projet socialiste. Non seulement parce que j’ai contribué à sa rédaction et que je l’ai enrichi, mais parce que ses principales orientations correspondent à celles que je développe depuis 2002 : soutien au pouvoir d’achatet à l’emploi ; effort massif en faveur du logement ; défense des services publics et du rôle de l’Etat ; priorité réelle à l’éducation, à l’enseignement supérieur et à la recherche ; écologie active ; réforme des institutions pour une nouvelle République parlementaire ; relance et réorientation de l’Union européenne. Je crois, moi, qu’il est prioritaire de nous battre pour l’amélioration du pouvoir d’achat et de la vie quotidienne des Français et pour une Europe par la gauche. Ce projet sera le mien avant, pendant et après la campagne interne. Nous le mettrons en œuvre.

Certains affirment : « Fabius, sa ligne politique est la bonne, mais il n’est pas assez moderne ». Avec force, je veux te dire ceci : mes valeurs n’ont pas changé, ce sont celles de l’humanisme socialiste de Jaurès, Blum, Mendès-France, Mitterrand et Jospin, mais j’ai appris de notre expérience politique collective, j’ai entendu les Français et d’abord ceux qui espèrent en la gauche. J’ai tiré les leçons de 2002. J’ai pris la mesure de la dérive libérale de l’Europe et du péril écologique. Je ne sous-estime pas le grand choc de la mondialisation financière. Tout cela appelle des réponses nouvelles : par exemple, une loi programme précise pour répondre au formidable défi environnemental ou encore la subordination de tout nouvel élargissement européen à l’engagement réel d’une harmonisation sociale et fiscale. Je ne crois pas qu’il soit vraiment moderne de vouloir copier la social-démocratie des Trente Glorieuses ou le blairisme qui a fini par s’allier avec Bush en Irak. Oui, le monde a changé et, sur certains points, j’ai évolué avec lui. Ma sincérité est de le dire et de le revendiquer pour avancer.

Nos électrices et nos électeurs ne veulent pas revivre des échecs. Pour autant, chacun le voit, il y a un débat entre socialistes à ce sujet. Pour moi, c’est par des valeurs, des propositions et des alliances à gauche que nous l’emporterons. Nous gagnerons si nous rassemblons la gauche. Nous rassemblerons la gauche si nos propositions sont clairement à gauche. Ma candidature est le fruit de ces convictions.

La France que prépare la droite est brutale et précaire. Avec toi, avec tous les socialistes, je veux construire une France forte parce que solidaire. Notre modèle social n’est pas un fardeau : il est au contraire notre chance dans une mondialisation qui veut tout balayer. Ce n’est pas non plus un héritage immobile : c’est un édifice à parachever et à consolider sans cesse. Assurément, des réformes sont nécessaires. Nous les mettrons en œuvre. Mais nous devons refuser les pseudo-réformes qui tournent à la régression. Car avant de soi-disant « briser les tabous », il faut dire avec précision par quoi ils seront remplacés, surtout quand il est question des acquis sociaux ou éducatifs qui ont été obtenus par des gouvernements de gauche. Et je n’accepterai pas que nous empruntions à la droite ses solutions. Ensemble, nous devrons agir pour sauver nos retraites, assurer l’égalité d’accès à la santé, mieux aider tous les enfants à réussir à l’école, redonner espoir à notre jeunesse, lutter effectivement contre toutes les discriminations, miser sur la culture, l’innovation, la générosité avec les pays pauvres, et d’abord l’Afrique. Ensemble, nous devrons rétablir la sûreté républicaine et garantir un aménagement solidaire du territoire, notamment par la présence des services publics dans les villes comme dans les campagnes. Je suis pour une société du progrès partagé. C’est cela la France forte et solidaire que je défends.

Chère camarade, cher camarade,

Avec toi, avec ton soutien, avec ta voix, nous y arriverons ensemble. Et ensemble nous ferons reculer le mur des injustices dans notre pays. « Là où il y a une volonté, il y a un chemin » : c’est la leçon de vie et d’action que j’ai retenue de François Mitterrand. Nous sommes le parti socialiste, pas le parti fataliste.

J'ai confiance dans nos chances de succès en 2007, dans les atouts de notre pays, dans la capacité de mobilisation de notre peuple, confiance dans le Parti socialiste. Je crois en la politique, sois libre et avançons ensemble, à gauche, pour gagner.

Laurent FABIUS


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JL | 15 Septembre, 2006 15:47

Pour cela, rien de plus simple, il suffit de cliquer sur ce lien pour vous inscrire :

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Laurent FABIUS : "Mes 7 engagements pour 2007"

JL | 15 Septembre, 2006 15:25

Je propose aujourd’hui 7 engagements concrets et d’application immédiate au lendemain de l’alternance pour que chaque Française, chaque Français sache dès maintenant quels seront les changements précis apportés par une victoire présidentielle de la gauche.

L’échéance présidentielle de 2007 sera décisive pour l’avenir de la France. Un succès de la droite signifierait le ralliement de notre pays au modèle dominant, fondé sur la toute puissance du capitalisme financier, la violence des inégalités, la mise en concurrence exacerbée des individus et des territoires, le cloisonnement de la société en communautés et l’alignement diplomatique sur les positions américaines. Au contraire, une victoire de la gauche marquera, bien au-delà de nos frontières, un coup d’arrêt à l’hyperlibéralisme et la volonté de faire primer les valeurs d’humanité, de laïcité et de solidarité dans la mondialisation. Les Français ont soif d’avancées et de perspectives nouvelles. 2007 sera l’élection du changement. Il revient à chaque citoyen de se saisir de l’enjeu pour faire en sorte que ce changement soit positif.

Le bilan de la droite au pouvoir est mauvais : en dépit des discours trompeurs, la pauvreté a augmenté, la solidarité a reculé, l’autorité de l’Etat est affaiblie, la démocratie est abîmée. Jamais le fossé entre les précaires et les prospères n’a été aussi profond. La gauche doit gagner pour éviter à la France l’impasse sarkozyste. La gauche doit s’unir pour réussir.

Candidat à l’investiture socialiste pour l’élection présidentielle, je suis convaincu que la gauche peut l’emporter. A la triple condition que nous tirions toutes les leçons de notre expérience aux responsabilités, que nous osions engager une politique alternative aux dérives libérales et que nous sachions mobiliser une majorité de nos concitoyens autour d’une ambition précise de progrès. En ce début de XXIème siècle, après les décennies de la reconstruction, puis de l’insertion dans le monde moderne et de l’édification européenne portées par le général De Gaulle et François Mitterrand, notre pays manque de projet collectif. Il faut refaire de la France une référence pour le progrès démocratique, pour l’égalité, pour la générosité, pour les droits de l’homme, tout en nous hissant à nouveau parmi les leaders du développement économique, de l’innovation et de la recherche. Comme j’en avais fortement exprimé le souhait, le projet adopté par les socialistes permet de porter cette nouvelle ambition collective et le rassemblement à gauche, clefs de la victoire en 2007.

Jusqu’ici ce projet a été insuffisamment expliqué. Or il nous offre les bases d’une nouvelle donne. Il vise d’abord à garantir en même temps le plein emploi et le développement durable. Il a pour objectif davantage d’égalité réelle en métropole et outre-mer, qu’il s’agisse de démocratiser le savoir, d’assurer fermement la sécurité ou de renforcer les solidarités grâce aux services publics, pour les jeunes et les moins jeunes, dans les villes riches et les quartiers populaires ou dans nos campagnes. Il ambitionne de refonder la République, en allant vers un régime réellement parlementaire, un nouvel âge de la décentralisation, une vraie démocratie sociale, une justice rénovée, une immigration régulée par le co-développement, et une culture émancipatrice. Il confirme et amplifie la priorité que la gauche accorde à l’école laïque, en l’étendant d’une part à nos universités et à la recherche scientifique, et d’autre part à la prise en charge collective de la petite enfance. Au plan international, il veut faire réussir la France en Europe et dans le monde, en relançant l’Union Européenne, en maîtrisant la mondialisation financière et en mettant en œuvre une nouvelle politique de défense, qui réponde aux nouvelles menaces.

Ce projet très ambitieux, volontariste, implique un Etat fort et efficace. Il serait dommageable de l’affadir ou de lui substituer des généralités, variables en fonction des auditoires et des circonstances, car cela reviendrait à l’affaiblir et à brouiller notre message de changement auprès des électeurs. Il faut au contraire le préciser et l’enrichir. Chaque Française, chaque Français doit savoir dès maintenant quels seront les changements précis apportés par une victoire présidentielle de la gauche, et selon quel calendrier. C’est pourquoi, dans le respect de ce projet, je propose aujourd’hui 7 engagements concrets et d’application immédiate au lendemain de l’alternance. J’entends les discuter et les populariser auprès des socialistes puis de toute la gauche et de l’ensemble des Français, pour réussir le vrai changement en 2007.

1 - SMIC à au moins 1 500 € et réduction des inégalités de rémunération.

La France est profondément inégale. Afin de réduire les inégalités sociales et d’encourager la croissance, le pouvoir d’achat des revenus petits et moyens sera amélioré. Le nouveau gouvernement augmentera immédiatement le SMIC de 100 €. En compensation, les cotisations sociales seront allégées pour les entreprises de moins de 50 salariés. Une conférence salariale examinera notamment la diffusion de la hausse du SMIC aux autres salaires. Pour compenser la hausse du coût des carburants, une prime transport sera instaurée pour les salariés. Les mesures fiscales les plus injustes de la droite seront remises en cause dans le cadre d’un collectif budgétaire d’été. Les régimes sociaux et fiscaux réservés aux « stock options », qui ont donné lieu à beaucoup d’abus de la part de certains dirigeants, seront supprimés, sauf pour les entreprises en création pendant leurs 5 premières années d’activité.

2 - Relance de l’emploi, soutien aux entrepreneurs et lutte contre la précarité

Le chômage et la précarité minent notre société. Nous placerons la relance de l’emploi durable et la lutte contre la précarité au cœur de notre projet. Pour l’emploi, cela exigera un soutien de la demande des ménages et la dynamisation des entreprises. Dans les grandes entreprises, les exonérations de cotisations sociales, largement inutiles, seront progressivement supprimées. Les ressources ainsi récupérées seront affectées à raison d’un tiers pour les emplois jeunes, un tiers pour la recherche scientifique et l’enseignement supérieur, un tiers pour le soutien aux investissements et à la croissance des petites et moyennes entreprises. Ces dernières bénéficieront d’un accès garanti à la commande publique. Pour permettre le succès durable des entreprises qui se créent, nous accroîtrons durant les premières années d’activité les facilités fiscales et sociales, l’accès au crédit, ainsi que les aides à l’innovation et à l’exportation. Contre la précarité, nous créerons une couverture professionnelle universelle qui, par un soutien efficace aux chômeurs, un accès renforcé à la formation professionnelle permanente et des droits sociaux garantis, permettra de mieux aménager les temps de transition professionnelle. Dans le même esprit, nous abrogerons le CNE.

3 - Droit effectif au logement

Pour des millions de personnes, toutes générations et tous territoires confondus, le logement est trop cher ou totalement inaccessible. La construction et la rénovation de logements seront un moteur majeur de la politique de croissance et l’axe d’un plan national d’économies d’énergie. Au moins 120 000 logements sociaux locatifs devront être construits chaque année. Pour relancer l’accession sociale à la propriété, le taux de TVA sera réduit à 5,5%. Le financement de ces mesures sera notamment dégagé par un plus strict encadrement des avantages de Robien. Un programme spécial sera engagé pour les logements d’urgence, afin qu’ils soient dignes et sécurisés. La mise en place d’un « bouclier logement » viendra limiter le poids du loyer dans le pouvoir d’achat des foyers à revenus modestes. Dans les communes ne respectant pas le minimum prévu de 20 % de logements sociaux, l’Etat - autrement dit le Préfet - se substituera d’office au maire défaillant pour la réalisation de ces logements.

4 - Écologie active

Dérèglement climatique, augmentation des pollutions, catastrophes naturelles : le 21ème siècle sera écologique ou ne sera pas. Pour l’homme et pour la planète, c’est désormais une question de survie. Il est grand temps de réagir. Je ferai du développement durable une exigence prioritaire dans tous les domaines de l’action publique. Une loi programme fixera sur 5 ans les objectifs précis à atteindre concernant notamment les économies d’énergie, les énergies renouvelables, la préservation de l’eau et le développement des transports collectifs. EDF retrouvera un statut 100% public. Prévue par la droite au 1er juillet 2007, la mise en concurrence de l’énergie pour les particuliers sera immédiatement réexaminée. L’expérimentation des OGM de plein champ sera interdite. Le numéro 2 du gouvernement sera chargé, en tant que Ministre d’Etat ou vice premier ministre, du développement durable. Face au péril du dérèglement climatique, je proposerai à nos partenaires européens l’adoption au sein de l’Union d’une fiscalité écologique fondée sur le principe du pollueur / payeur ainsi que le lancement d’un grand programme de ferroutage. Et nous mobiliserons la communauté internationale pour qu’une Organisation mondiale de l’environnement voie enfin le jour, capable notamment de sanctionner les pays qui violent le protocole de Kyoto et de faire respecter les exigences environnementales dans les échanges internationaux.

5 -Préparation solidaire de l’avenir.

Quelle France laisserons-nous à nos enfants et nos petits enfants ? Ce sera l’un des enjeux de 2007. Ni la question des retraites ni celle de l’assurance maladie ne sont réglées, et l’endettement de notre pays s’aggrave. Je demanderai au gouvernement d’organiser sans délai une concertation pour préparer les décisions indispensables, qui seront fondées sur davantage de solidarité. Cette solidarité s’exercera à tous les âges de la vie. Pour lutter contre la « marchandisation » de l’école et les inégalités devant le soutien scolaire, les jeunes qui le souhaitent pourront bénéficier d’un encadrement périscolaire public après la classe, tant à l’école primaire que dans le secondaire. Parce que c’est largement là que se joue la promotion sociale et l’égalité en actes, l’encadrement des premiers cycles universitaires sera renforcé. L’effort en faveur des universités sera accompagné d’une priorité accordée à la recherche, sacrifiée par les équipes actuelles alors même qu’elle constitue la clef des emplois de demain et du dynamisme de notre économie. Préparer un avenir solidaire, c’est aussi relever le défi de la dépendance des personnes âgées : nous affecterons un prélèvement à cette mission ainsi qu’aux personnes handicapées, préfigurant la création d’une cinquième branche « dépendance » de la Sécurité sociale. La charge des Départements sera allégée à due concurrence et le jour férié non payé institué par le gouvernement Raffarin sera supprimé. Parce que la santé est notre bien commun, une véritable politique de prévention sera mise en place : je demanderai au gouvernement et au Parlement l’interdiction totale du tabac dans les lieux publics et la mise en place d’un plan de lutte contre l’obésité, qui frappe cruellement en particulier les enfants des familles populaires.

6 - Extension et rénovation de la démocratie

Le régime actuel et les pratiques de la Vème République sont à bout de souffle. Une nouvelle République parlementaire doit être mise en place pour rendre possible de nouvelles conquêtes démocratiques. Une profonde révision de la Constitution sera soumise à référendum dès septembre 2007. Cette refonte instaurera notamment le droit de vote aux élections locales pour les étrangers installés durablement en France, le mandat parlementaire unique, l’extension des pouvoirs de l’Assemblée Nationale, la parité au sein du gouvernement, la responsabilité pénale du chef de l’Etat, ainsi que les éléments constitutionnels de la réforme de la justice. Sans remettre en cause les prérogatives ultimes du législateur, elle instituera une concertation sociale obligatoire avant l’examen de toute loi portant sur les principes fondamentaux du code du travail et de la sécurité sociale. Une charte sur la laïcité sera adossée à la Constitution. Une véritable démocratie territoriale sera engagée, fondée sur le respect par l’Etat de ses engagements financiers, la clarification des compétences, la participation effective des citoyens à l’action locale et la garantie de l’égal accès de tous aux services publics essentiels : école, hôpital, eau, poste et Internet, transports, sécurité. Notre pacte républicain sera réaffirmé partout : après la crise des banlieues, il sera particulièrement indispensable de réunir des états généraux de la jeunesse et des quartiers, afin d’aller plus loin dans la lutte contre les discriminations et pour la promotion de tous les talents de notre pays ; nous le ferons à l’automne 2007.

7 - Relance et réorientation de l’Europe

Dans le monde actuel traversé de menaces et de conflits, l’Europe ne joue pas un rôle à la mesure de sa mission de paix, d’indépendance et d’équilibre : on le constate dramatiquement au Proche-Orient. Le futur Président de la République aura pour mission de relancer l’Union européenne. Cela exigera une réorientation d’ensemble, dans la fidélité au vote des Français le 29 mai 2005. Je combattrai la politique absurde de l’euro cher et du laisser-faire libéral, responsable de nombreuses délocalisations. Le pilotage économique et monétaire de l’eurogroupe face notamment à la Banque centrale européenne devra être amélioré, un traité d’harmonisation sociale et fiscale entre Etats membres élaboré, et une nouvelle Constitution adoptée par référendum, plus courte, lisible par tous et recentrée sur les valeurs et les institutions. Le budget européen devra être renforcé. Tout nouvel élargissement de l’Union sera subordonné à la réalisation préalable de ces avancées, indispensables notamment pour lutter contre la mondialisation financière. Et je proposerai la mise en place d’une défense européenne aux autres Etats membres qui le souhaitent.

* * *

Une grande élection dans une grande démocratie doit permettre aux citoyens de prendre la mesure des choix et de trancher. Les responsables politiques doivent éviter la démagogie qui laisse penser que « nettoyer les cités au kärcher » règlera les problèmes. Ils doivent aussi éviter la facilité médiatique, qui consiste à donner l’illusion du renouvellement par des propos généraux sans en préciser les modalités concrètes. La vraie rénovation exige des engagements précis : c’est cela respecter les citoyens dans une démocratie refondée.

En 2007, nos électeurs attendent une gauche qui propose et qui innove. Notre peuple veut donner du sens au projet collectif France. Il veut des dirigeants accessibles, honnêtes, soucieux de l’intérêt général. Il veut une France solide et solidaire. La mise en œuvre de notre projet y contribuera puissamment, en particulier ces propositions qui sont susceptibles de rassembler très largement. Si je suis investi, ces 7 engagements précis constitueront l’armature du prochain mandat présidentiel et le Président de la République en rendra compte chaque année devant la Nation. C’est ainsi que nous redonnerons aux Français, particulièrement à la jeunesse, la confiance et l’espérance nécessaires en leur pays et en eux-mêmes. Je ne sous-estime pas les difficultés, mais la France n’est pas condamnée à s’aligner ou à se résigner. Elle n’a pas qu’une histoire que nous devons revendiquer ; elle a un avenir que nous devons construire. Elle peut être de nouveau en tête, redevenir une référence en Europe et dans le monde. Pour cela, il faut courage, esprit de justice, vérité et volonté.


Laurent Fabius officiellement candidat à l'investiture PS pour 2007

JL | 10 Janvier, 2006 19:00

AFP, 10 janvier 2006, 15 h 26

L'ancien Premier ministre Laurent Fabius a annoncé mardi lors de ses voeux à la presse qu'il serait candidat à l'investiture du PS pour la présidentielle de 2007, estimant que la gauche devait se fixer pour objectif "de changer la vie, vraiment".

Interrogé par l'AFP sur ses intentions, Laurent Fabius, debout devant un micro à la questure de l'Assemblée nationale, a simplement répondu d'un ton ferme : "oui".

Le député de Seine-Maritime a précisé que trois "maîtres mots" guideraient son action : "la volonté, le changement et le rassemblement" de la gauche.

Alors que la désignation du prochain candidat socialiste à l'Elysée est prévue en novembre, Laurent Fabius a déploré "un calendrier assez tardif" et qui "risque d'introduire une certaine paralysie dans l'opposition, en tout cas chez les socialistes".

"Nos critiques, a-t-il regretté, risquent d'être moins entendues" du fait que plusieurs voix s'exprimeront d'ici le choix du candidat.

M. Fabius avait déjà laissé entendre qu'il serait candidat à l'investiture de son parti. En août 2005 à La Rochelle, il avait ainsi lâché avec humour à la presse qu'il n'était pas "absolument avéré qu'(il) soit le seul candidat" à l'investiture.

Le député de Seine-Maritime a porté un jugement "sévère" sur l'action gouvernementale. La situation du pays est "extrêmement médiocre", le bilan du ministre de l'Intérieur "est un bilan lamentable, d'échec" dans le domaine de la sécurité et il est "responsable d'un cinquième de la dette" pendant son passage au ministère de l'Economie et des Finances. Le Premier ministre Dominique de Villepin incarne "la droite régressive" et, au plan international, "la voix du président de la République ne porte guère".

Revenant sur sa démarche, M. Fabius a estimé que "la grande leçon de 2002 (dernière élection présidentielle, NDLR) et des commémorations de la mort de François Mitterrand, c'est que les Français n'acceptent pas la renonciation à la volonté". "La politique, c'est la volonté", a-t-il assuré, citant la phrase de François Mitterrand : "Là où il y a une volonté, il y a un chemin".

Il faut, a-t-il repris, "une volonté qui change (les choses) sur le terrain". Cela signifie notamment "apporter les sécurités, physique, professionnelle, sociale et sanitaire, environnementale".

L'ex-Premier ministre a insisté sur la nécessité de "s'attaquer aux dérives massives de la mondialisation libérale". "Une Europe ouverte, oui, une Europe offerte, non", a-t-il lancé, après avoir demandé qu'avec la Chine, "on organise la discussion d'une manière qui ne soit pas naïve".

M. Fabius a aussi indiqué qu'il ferait ces prochains mois "des propositions - positives, a-t-il insisté-, de relance européenne".

Il a par ailleurs souligné que "s'il n'y a pas de rassemblement à gauche, le changement est impossible".

Commentant la préparation d'un sommet de la gauche fin janvier pour commencer à parler d'un contrat de gouvernement pour 2007, il a demandé à la direction du PS de "ne pas faire d'exclusive".

"Les invitations doivent être larges, elles peuvent être refusées", a-t-il dit, alors que le PCF insiste pour que la LCR (trotskiste), qui y est pourtant hostile, soit conviée à cette réunion.


La volonté trouve toujours son chemin

JL | 05 Janvier, 2006 18:56

Laurent Fabius vous présente tous ses voeux pour 2006 et développe quelques réflexions sur les enjeux de 2006.

Pour la France, en raison du calendrier politique, 2006 risque d’être en réalité dominé par 2007. Et 2007 se jouera largement sur la notion de « changement ».

La situation économique, sociale, psychologique de notre pays est en effet malheureusement si préoccupante que la nécessité de changements profonds crève les yeux. Beaucoup de Français, et pas seulement de gauche, sont fatigués du contexte actuel où on leur demande de lourds efforts, sans vraie efficacité, ni justice, ni perspective. Il est probable que nos concitoyens saisiront la prochaine grande échéance démocratique pour exprimer leur volonté d’alternance.

A partir de ce constat de bon sens, on peut toutefois tirer des conclusions opposées. Le chef de l’UMP martèle, lui, l’idée qu’il incarnerait le changement, alors que la gauche exprimerait, à ses yeux, l’immobilisme. Je pense exactement l’inverse.

N. Sarkozy, porteur de changement ? Certainement pas, si « changer » signifie avancer et construire. Son vrai projet est de nature libéro-communautariste, contraire à notre tradition et à l’intérêt général. Le n°2 du gouvernement est aux affaires depuis désormais assez longtemps pour qu’on puisse le juger sur ses résultats. A Bercy, sa gestion des finances publiques a été médiocre et sa politique industrielle faible. Au ministère de l’Intérieur, son bilan en matière de sécurité publique - au-delà de la propagande - est mince. Sa démarche envers les collectivités locales est calamiteuse. Quant à ses provocations et divisions à répétition, le cinéaste Luc Besson a évoqué en une formule cinglante le comportement de « Karcher 1er ». Il est exact que l’activisme n’a jamais remplacé l’action.

A partir de là, la gauche devrait être portée par une lame de fond. Ce n’est pas (encore ?) le cas. Il nous reste en effet plusieurs conditions à réunir.

D’abord - et ce n’est injurieux pour personne de le souligner - il existe un problème incontestable de leadership. Celui-ci n’émergera qu’avec la désignation du candidat socialiste. C’est pourquoi on doit souhaiter qu’elle ne soit pas trop tardive. Ensuite, il nous faut dresser un tableau véridique de la situation du pays. L’emploi salarié ne repart pas. L’endettement français est massif et, surtout, il continue de s’accroître. Le commerce extérieur plonge. La cohésion sociale et l’éducation sont en panne. Les retraites et l’assurance maladie ne sont pas financées. Ce qui n’empêche nullement MM. de Villepin et Sarkozy d’étaler leurs mérites supposés par médias interposés ! La réalité, c’est que en matière de recherche scientifique, clé de l’avenir, rien de nouveau n’est engagé par eux, ou trop peu. Rien de concret pour relancer la dynamique européenne. Rien concernant la stratégie indispensable pour relever le colossal défi chinois, celui de la mondialisation. A la gauche de dire la vérité, sans complaisance, et d’assortir son diagnostic d’une détermination farouche. Nous possédons de puissants atouts. Ni la France ni l’Europe ne sont condamnées. J’ai souvent parlé de la nécessité d’un grand dessein. Notre pays doit oser.

Le projet de la gauche, c’est notamment de permettre à la fois de progresser et de protéger. Un emploi, une formation, un logement : voilà un message de progrès, simple, concret, accessible, que souhaitent les Français. Nos concitoyens demandent aussi aux dirigeants politiques de faire respecter quatre sécurités majeures : la sécurité physique (présence de la police de proximité et lutte contre le terrorisme), la sécurité sanitaire et sociale (confiée davantage aux partenaires sociaux), la sécurité professionnelle (formation systématique et reclassement plutôt que licenciement et précarité), la sécurité environnementale (la France doit prendre la tête d’une démarche de social-écologie). Pierre Mendès France soulignait avec raison que, face à l’argent fort, il fallait un Etat fort. Nous devons réhabiliter cet Etat fort - ce qui ne veut pas dire bureaucratique -, refonder notre démocratie (réforme des institutions, service civique obligatoire, décentralisation audacieuse) et pratiquer une laïcité républicaine sans faiblesse.

Sur ces bases-là, 2006 doit commencer à montrer qu’on peut rassembler la gauche, les verts et tous ceux qui souhaitent le changement pour faire redémarrer la France. La leçon d’Avril 2002 ne doit pas être oubliée : ou bien les responsables de gauche font le nécessaire pour opérer le rassemblement ; ou bien ils préfèrent les poisons de la division, et ils en subiront les conséquences : le drame, c’est que la France alors aussi ! Comme des millions de Français, je refuse cette fausse fatalité. J’agirai avec détermination pour le rassemblement.

Ces jours-ci, que d’admirateurs de F. Mitterrand ! Combien de fois m’a-t-il confié avec le sourire : « vous verrez qu’après m’avoir attaqué avec violence ils voudront m’étouffer sous leurs compliments ». Nous y sommes ! Et bien, inspirons-nous du meilleur de son enseignement : la volonté trouve toujours son chemin.


Laurent FABIUS se félicite du choix "d'une ligne de gauche et d'un parti rassemblé" (AFP)

JL | 29 Novembre, 2005 17:05

Le député de Seine-maritime Laurent Fabius s'est félicité que le PS ait fait "le choix d'une ligne de gauche et d'un parti rassemblé", à son arrivée samedi pour la réunion du Conseil national du PS.

"Il est important que le PS ait fait le choix d'une ligne de gauche et d'un parti rassemblé", a déclaré à la presse l'ancien Premier ministre.

Selon M. Fabius, "les Français en ont assez de voir la gauche divisée". Avec un parti rassemblé, "on va pouvoir bien travailler", a-t-il ajouté.

Il a souhaité que les socialistes "se tournent vers le futur", et a indiqué que, personnellement, il se rendrait "sur le terrain" pour "affiner les propositions" que les socialistes doivent faire en vue de 2007.

Selon le député Claude Bartolone, proche de l'ex-Premier ministre, les fabiusiens obtiendraient notamment, dans le secrétariat national, la responsabilité du secteur communication-propagande, l'un des plus importants du parti avec les fédérations, les élections ou les élus.

Cependant, les fabiusiens ont demandé une suspension de séance de 15 mn juste à l'ouverture du Conseil national, vers 10H30, pour avoir "des éclaircissements" sur la répartition des fonctions au secrétariat national, selon M. Bartolone.

Congrès du Mans : intervention de Claude BARTOLONE (dimanche 20 novembre 2005)

JL | 29 Novembre, 2005 16:57

Chers Camarades,

Celles et ceux qui s’intéressent aux sports automobiles savent depuis longtemps que la nuit est un moment extrêmement important dans le cadre des 24 heures du Mans, et qu’elle est capable de donner un autre sens à l’arrivée.

C’est ce qui s’est passé cette nuit. Nous étions arrivés ici au Mans, il y a près de 24 heures, en nous posant la question de savoir ce qui allait sortir de ce congrès. Nous étions les uns et les autres à la fois marqués par les débats que nous avons eus sur la Constitution européenne, sur ce congrès. Nous avions les uns et les autres, dans nos esprits, les traces de nos échanges, de nos confrontations, des débats militants qui ont abouti aux choix qui ont été faits à l’issue du vote.

Mais, mes chers camarades, il y a une chose qui n’était pas prévue au moment où nous avions programmé ce congrès du Mans : ce sont les mouvements sociaux qu’ont connus les quartiers populaires.

Alors, si aujourd’hui nous sommes dans une situation un peu spéciale en ce dimanche matin, c’est que les 10 millions d’habitants des quartiers populaires se sont invités à notre congrès. Ces 10 millions d’habitants, qui trop souvent avaient le sentiment qu’ils étaient devenus transparents, qu’ils n’avaient aucune place à la table de la République, se sont imposés dans ce congrès pour obtenir droit de cité.

Mes chers camarades, c’est aussi cela qui donne à notre congrès, à nos interventions, une résonance un peu particulière. D’une certaine manière, c’est en leur nom que nous sommes amenés ce matin à célébrer cette synthèse dont je me réjouis au nom de la motion « Rassembler à gauche ».

Chers camarades, « Rassembler à gauche » a présenté un texte au vote des militants. Nous avons obtenu 21,20 %, et nous avons voulu hier soir au nom de ces militantes et de ces militants – que je remercie une nouvelle fois du combat qu’ils ont mené, des idées qu’ils ont développées, des échanges qu’ils ont suscités au sein de ce parti – nous avons voulu faire entendre notre voix, notre sentiment, nos analyses pour enrichir, compléter, améliorer le texte signé par François Hollande, qui est arrivé en tête.

Et au nom de « Rassembler à gauche », nous avons déposé, pour permettre ce rassemblement, six amendements. Certes, il n’était pas question d’imposer une rédaction par rapport à une autre, mais d’obtenir une écoute, de montrer par la reprise d’un certain nombre de formulations, de propositions, qu’il y avait volonté de la part de tous de se rassembler.

Je vais vous démontrer à quel point la langue française est riche, et de quelle manière les socialistes, lorsqu’ils veulent se rassembler, sont capables de s’écouter les uns, les autres.

Nous avions dit « opposition frontale ». Nous avons entendu les remarques qui étaient faites par la motion 1, pour qui, à la fois, il fallait reprendre cette idée, mais dans le même temps ne pas donner le sentiment qu’il pourrait y avoir à rechercher un vainqueur et un vaincu… Au final, nous avons obtenu « opposition forte et ferme ». Cela me va.

Nous avions demandé « abrogation du CNE et de la loi Fillon ». Nous obtenons « abrogation du CNE, retrait de la loi Fillon sur les retraites, et retour au texte de Dijon ». Cela me va.

Nous avions réclamé « des mesures de projet social pour un vrai changement ». Nous obtenons « reconquête du capital public à 100% pour EDF, un SMIC à au moins 1 500 € au cours de la prochaine législature ». Cela me va.

Nous avions dit que, pour les banlieues, il y avait « urgence sociale », qu’il y avait un besoin fort de « sécurité », qu’il était nécessaire de « réinstaller la laïcité au cœur de nos propositions ». Nous obtenons « urgence sociale », nous obtenons le passage sur la sécurité, nous obtenons l’idée de « réinstaller la laïcité et la charte des services publics ». Cela me va.

Nous avions réclamé le respect du vote des Français le 29 mai. Nous obtenons une phrase que je vous cite : « Le PS prend acte du rejet du traité constitutionnel et respectera la volonté populaire ». Cela me va.

Chers camarades, nous avions demandé – et je sais que pour un certain nombre d’entre vous, cela avait été ressenti comme une petite provocation – que soit écrit qu’il n’y ait pas d’alliance en dehors des formations de gauche [sifflets]… Mais comment ces précisions peuvent-elles vous mettre dans un tel état ?... Nous avons obtenu le « rassemblement à gauche », les « assises pour l’alternative politique », le « pacte de législature et de changement ». Et quand François Hollande nous dit : « Pas d’alliance avec le centre et la droite, cela va de soi », cela me va.

Chers camarades, nous avons enfin obtenu – mais François Rebsamen, au cours de l’annonce des résultats hier, nous avait déjà mis l’eau à la bouche – des précisions qui étaient indispensables pour renforcer nos règles de vie commune : les modalités des votes internes devront être conformes à celles des scrutins de la République. Nous avons obtenu des précisions sur l’exigence de transparence du corps électoral ; nous avons obtenu des modalités clairement définies pour les campagnes internes ; nous avons obtenu l’engagement que les échéances internes seraient organisées dans des conditions identiques partout sur le territoire. Chers camarades, cela aussi me va.

C’est pourquoi, au nom de la motion « Rassembler à gauche », je me réjouis des conditions de cette synthèse.

Enfin, à mon tour, je veux revenir sur la question des quartiers populaires. Ces femmes et ces hommes qui ont trop souvent l’impression de subir toutes les inégalités sociales, toutes les discriminations. Ces femmes et ces hommes qui ne peuvent pas se contenter des réponses que la droite essaye d’apporter. Ces femmes et ces hommes qui attendent de nous d’autres propositions, un vrai changement.

Je vois une certaine contradiction dans les événements qui sont en train de se dérouler. A la fois de grands discours, de grands messages, pour dire que l’on ne peut pas continuer à voir ces 10 millions d’habitants vivre dans des quartiers de relégation, vivre en envoyant leurs enfants dans des écoles qui ne sont plus celles de l’égalité républicaine, vivre en ayant à subir, même lorsqu’ils ont une qualification ou des diplômes, des discriminations compte tenu de leur nom, de la couleur de leur peau, compte tenu du nom de leur quartier, et voir dans le même temps la réponse que semble vouloir apporter la droite. Cette réponse, c’est celle du ministre de l’Intérieur qui d’un seul coup veut attribuer ces difficultés sociales à la polygamie, au regroupement familial. Et là où il y aurait besoin d’un discours républicain fort, là où il y aurait de nouveau besoin de donner du lustre aux valeurs de notre République, voilà à nouveau les immigrés pris en otage, et désignés par cette droite, qui décidément n’a rien compris, comme toutes les causes des difficultés de la société française.

Chers camarades, nous ne l’accepterons jamais. Nous n’accepterons jamais ce symbole qui est de nouveau contenu dans les discours de Sarkozy encore hier et ce matin, qui semble vouloir jeter ces habitants des quartiers populaires en pâture à l’extrémisme, en pâture à l’électorat de droite le plus réactionnaire, pour pouvoir se donner une chance de battre sur le fil son concurrent Villepin.

Oui, chers amis, si avec la motion « Rassembler à gauche », nous avons hier voulu participer à ce mouvement de synthèse, c’est qu’il est temps de dire à l’ensemble de nos concitoyens, que l’alternative n’est pas entre Sarkozy et Villepin, que l’alternance ne peut pas exister entre une droite réactionnaire et une droite qui voudrait le sembler un peu moins. L’alternance, elle passe réellement par des propositions de gauche, un discours de gauche, des valeurs de gauche, qui permettent de démontrer à ces Français qui souffrent, à ces Français qui subissent toutes les discriminations, que non seulement nous les avons écoutés, mais entendus, et que nous voulons à notre tour rassembler, et leur montrer que nous voulons rendre l’espoir dans le cadre du projet des socialistes et du projet de la gauche.

Je vous remercie de m’avoir écouté.


"Les trois piliers de l'espérance", discours de Laurent FABIUS prononcé au Mans lors du Congrès du Parti socialiste

JL | 01 Janvier, 2000 00:00

Lien vers l'enregistrement vidéo : http://www.laurent-fabius.net/article309.html

Chers Camarades,

Sombre période pour la France. Notre pays va mal. En ce mois de novembre 2005, les Français sont inquiets, ils nous observent, nous socialistes, avec scepticisme et ils s’interrogent : le gouvernement est en train d’échouer, mais est-ce que la gauche peut réussir ? Je suis convaincu que la réponse est oui, je suis convaincu que notre succès est indispensable pour redonner à la France ce qui lui manque le plus, une espérance. A condition de nous appuyer sur trois piliers, les trois piliers de l’espérance. C’est de cela dont je veux vous parler.

La volonté

Le premier pilier, c’est la volonté. On me dira : « mais tout sympathisant, tout responsable de gauche veut gagner en 2007. ». Bien sûr ! Et pourtant, j’entends comme vous certaines hésitations : « La situation du pays est si mauvaise, est-il encore possible d’espérer ? » « L’explosion des quartiers populaires ne va t’elle pas se reproduire puisque rien n’est réglé sur le fond ? Ne risque t’elle pas de tirer massivement la France à droite ? ». Et même, prononcée à voix basse, parfois cette question : « serait-ce un drame que la gauche passe son tour ? » Eh bien oui, mes camarades, ce serait un drame et une trahison. La droite a engagé depuis 3 ans et demi un véritable travail de démolition. Sa reconduction entraînerait une démolition plus grave encore des fondamentaux de la République et un risque de dégrader la paix civile. La gauche constitue le seul vrai espoir d’un autre futur. La gauche ne peut pas « passer son tour », parce que les Français et la France ne peuvent pas passer leur tour.

Le rassemblement

Pour gagner et redonner l’espoir, il faut non seulement une volonté inébranlable, il faut aussi - c’est la leçon de tous nos succès - le rassemblement à gauche. Diviser, on ne peut rien. Rassembler, on peut tout. C’est le deuxième pilier.

Voilà pourquoi, le débat ayant eu lieu dans les sections, je souhaite comme beaucoup d’autres une synthèse générale. Mais synthèse, générale ou non, je demande qu’on montre concrètement, y compris dans cette enceinte, ce qu’est le rassemblement. Le socialisme, ce n’est pas seulement l’égalité et la liberté, mais aussi la fraternité.

Rassemblement des socialistes et de la gauche : C’est une autre clé pour faire redémarrer l’espoir. Avec quelles forces ? Avec toutes celles qui sont désireuses de gouverner, pour construire une plate-forme commune sur une ligne de gauche.

Les propositions essentielles devront être discutées avec les partenaires sociaux et les associations, pour être pleinement en phase avec les demandes populaires, le monde du travail et la jeunesse.

On attend aussi de nous une pratique différente du pouvoir. Nous avons, avec Lionel Jospin, connu des succès et des échecs. Les militants, les électeurs, veulent avoir, le moment venu, leur mot à dire sur l’action gouvernementale. Les Français attendent de nous une autre pratique du pouvoir. Ce serait une révolution tranquille qu’à plusieurs étapes de la législature, les militants puissent évaluer vraiment la politique conduite. Certaines erreurs pourront ainsi être évitées, le lien avec notre base sociale confirmé, et nos succès consolidés.

Un projet socialiste de vrai changement

Mais le principal pilier de l’espoir, c’est un projet socialiste de vrai changement. Un projet d’alternative politique et pas seulement d’alternance. Lors des échéances majeures, il y aura probablement d’un côté le faux changement porté par Sarkozy, et de l’autre le vrai changement porté par nous, puisque la situation (mondiale, européenne, nationale) a elle-même changé et qu’elle devra dans le futur - c’est le sens de notre combat -changer fortement à nouveau, cette fois-ci vers le progrès.

Les dégâts de la mondialisation libérale

Car quinze ans après la destruction du mur de Berlin, l’état du monde est bouleversé. Il y a eu des améliorations, certes, mais constatons : l’hyper-terrorisme a remplacé l’équilibre de la terreur ; l’hyper-capitalisme financier a pris la place de l’économie d’après guerre ; l’hyper-concurrence entre tous les salariés mine les équilibres sociaux.

Conséquence : des inégalités aggravées entre les continents et en leur sein. Plusieurs pays d’Afrique sont moribonds, poussant des dizaines de milliers de femmes et d’hommes à nos portes sans que nous sachions les accueillir. Nous avons tous à l’esprit les images de ces hommes agrippés aux frontières de l’Europe. A l’échelle de la planète, 800 millions de personnes qui ont faim. Et a l’autre extrémité, 5%, la plupart aux Etats-Unis, contrôlant la quasi-totalité de la fortune boursière mondiale.

L’autre déséquilibre majeur, c’est le péril écologique. Si nous continuons de discourir sans vraiment agir sur le réchauffement climatique, les cyclones du type Katrina se multiplieront, les pénuries d’eau assècheront le Moyen-Orient, certaines régions françaises deviendront elle-mêmes des terres mortes. Dans les vingt ans qui viennent, l’humanité joue sa survie : nous devons changer cette réalité historique, sinon comment parler d’espoir ?

Il faudra enfin apporter des changements de fond à notre système économico-financier. Tout simplement parce qu’il marche sur la tête. Familial et territorial, le capitalisme est devenu financier et mondial. La norme est d’exiger désormais d’un investissement 15 % de rentabilité par an, 2 à 8 fois la progression réelle de l’économie. Ce n’est pas possible sans ponctionner les salaires et fragiliser les systèmes sociaux. Créer des richesses, développer les entreprises, renforcer la formation, l’innovation et la recherche : là est l’avenir, là est l’espoir ; or, partout la rente financière l’emporte sur la préparation du futur. Cette situation n’est pas tenable.

L’Europe en panne

Face à ces déséquilibres, nous avons toujours considéré qu’une des principales réponses s’appelait l’Europe. Son élargissement était nécessaire ; mais faute d’approfondissement préalable, dans une Union aux Etats toujours plus nombreux, la capacité d’initiative européenne s’est réduite et le risque de dilution grandit. La concurrence devient le sésame suprême, la solidarité reste insuffisante à l’intérieur et à l’extérieur. « Renoncez à vos acquis, entend-on, sinon nous délocaliserons, nous renoncerons à votre pays, à votre continent, à vos métiers, à vos usines. La mondialisation libérale n’attend pas ! ». Pour nos enfants nous ne voulons pas de cet avenir en marche arrière.

La France en crise

Le dernier changement concerne encore plus directement la France, en métropole et outre-mer. En 2007, la droite laissera comme bilan une croissance molle, un chômage élevé, des dettes massives, une solidarité minimale, une sécurité défaillante et une société déchirée. La longue présidence Chirac apparaîtra pour ce qu’elle est : privilèges et temps perdu. Le défi à relever par nous sera celui d’un pays en panne, qui ne croit plus assez en lui-même, et auquel il faut rendre espoir.

Les quartiers déchirés

Dans ce contexte, la crise des quartiers est bien la rencontre entre « une poudrière et une étincelle ». La poudrière, c’est à la fois le mal emploi, le mal logement, le mal savoir dans notre société coupée en deux France. C’est une crise du manque d’espoir.

Nordine et Mohamed, Samia et Dounia sont des prénoms français et ceux qui les portent, aussi. Ils aiment la France, ils demandent qu’elle les aime en retour et qu’elle leur permette un futur ! Rien n’excuse les incendies d’écoles ou de voitures ; la République, ce sont des droits et des devoirs ; et la loi doit être respectée par tous. Mais quelle humiliation de devoir truquer son CV, mentir sur son prénom et son adresse, pour essayer d’arracher un stage ! Quel échec, dans lequel nous avons une part, que 20 ou 40 ans après la venue en France de leur famille, on continue de parler de jeunes « issus de l’immigration », alors qu’ils sont tout simplement issus de la Nation. Rien n’est possible sans sécurité, mais rien n’est possible sans justice.

L’étincelle, ce sont les régressions décidées par le Gouvernement : emplois jeunes, police de proximité, crédits aux associations, supprimés parce que portant la marque de la gauche.

A quoi s’ajoutent les provocations du Ministre de l’Intérieur, ce singulier ministre de l’ordre qui porte avec lui le désordre. Sa devise tient en 2 mots : le karcher et le charter. Est-ce ainsi qu’on reconstruira l’espoir ? Et il voudrait diriger le pays sur ces bases, oubliant que, pour présider la République, il faut d’abord se présider soi-même ! La France a besoin d’unité et d’espérance, pas de division. Nous ne laisserons pas le libéralisme et le communautarisme l’emporter sur la République.

Le grand choix : libéral communautarisme contre socialisme républicain

Car là est le grand débat, le grand combat et le grand choix. La droite prétend que l’Etat est le problème, le libéralisme la solution, et les communautés l’ultime refuge. Elle démantèle l’Etat social et l’aménagement du territoire, elle supprime la notion même de « plan », elle fragilise les protections publiques et les collectivités locales, elle cultive les solidarités ethniques ou religieuses tout en dénonçant les immigrés - alors que leurs aînés ont donné leur vie pour la France et qu’eux-mêmes donnent à notre pays toute leur force de travail. C’est cela le libéral-communautarisme. Il n’est pas question de le laisser triompher en France. Nous devons réaffirmer le rôle et l’autorité de l’Etat, un Etat qui ne craint pas la réforme, un Etat qui dispose des moyens financiers lui permettant vraiment d’agir, un Etat efficace et juste, laïque et républicain.

A la tribune du dernier Congrès de Dijon, j’avais appelé notre Parti et François Hollande, à choisir clairement la laïcité et à soutenir les enseignants dans leur combat quotidien pour l’esprit critique. Pour nous qui voulons l’égalité en actes, la loi sur les signes religieux à l’école, c’était un premier pas. Car la laïcité, ce n’est pas un combat du passé : c’est une des grandes clés du futur. De retour aux responsabilités, il nous faudra adopter une charte réaffirmant les principes laïcs dans la totalité des services publics ; pour les jeunes, garçons et filles, il nous faudra organiser un service civil, non pas gadget, mais obligatoire de six mois où l’on réapprendra la République, l’intérêt général et l’ouverture à l’autre. Lutter beaucoup plus efficacement qu’aujoud’hui contre les discriminations et le racisme qui démolissent le vivre ensemble, agir pour la mixité et pour la parité, nous mobiliser pour tous les jeunes, quels que soient leur quartier, la couleur de leur peau ou la religion de leurs parents. La solution, ce ne peut pas être un retour en arrière vers l’apprentissage à 14 ans - et pourquoi pas à 12 ? - mais la promotion sociale, la formation durable, un vrai emploi. Et nous-mêmes, quand viendra le moment des candidatures politiques, nous devrons donner l’exemple : il est grand temps que l’hémicycle de l’Assemblée Nationale exprime enfin la diversité actuelle et future de la France. Nous devons faire de la laïcité et de l’égalité en actes une des valeurs fondamentales de notre socialisme.

Des priorités et des propositions pour un vrai changement

Au plan intérieur, nos priorités d’action sont claires et de nature à redonner l’espoir : l’emploi ; l’éducation ; le logement ; les protections. Nos propositions précises pour demain s’appellent : revalorisation des bas et moyens salaires, conférence salariale et sociale, sécurisation des parcours professionnels, moyens accrus dans les ZEP, nouveau plan pour les Universités, soutien massif à la recherche, défense des services publics et pleine propriété publique d’EDF, réforme de la fiscalité, développement social-écologique, authentique démocratie institutionnelle, sociale et culturelle. Nous en sommes encore très loin. Quant au logement, c’est l’élu d’une ville comptant 72 % de logements sociaux qui vous parle, il nous faudra construire plus de 100 000 logements sociaux par an et prendre des sanctions réelles contre les villes qui continueront de refuser la mixité sociale. C’est tout cela, notre projet socialiste de vrai changement.

Il faut, chers camarades, que les Français sachent qu’avec les socialistes et la gauche aux responsabilités, ça changera. Les maires qui se gargarisent de ne pas accueillir de logements sociaux, ça changera ! Les entreprises qui recourent sans limites aux contrats précaires, ça changera ! Les services publics qui ferment par dizaines dans les quartiers populaires ou dans les campagnes, ça changera ! Avec les socialistes, oui ça changera. Depuis Le Mans, ce doit être un de nos messages à la France.

Au plan européen, nous devons nous mobiliser pour une Europe qui, de nouveau, avance. C’est l’appel que des millions de femmes et d’hommes de gauche ont lancé le 29 mai 2005 dans la diversité de leur vote : oui à une Europe différente, non à sa dérive libérale ! Plutôt que de nous diviser sur le chemin, ce qui compte, ce sont les objectifs, et ceux-là peuvent nous rassembler : pas de directives anti-sociales mais une directive services publics ; préparation d’une constitution courte, lisible, centrée sur les institutions et les valeurs ; réorientation économique, sociale et monétaire de la zone euro vers la croissance et vers l’emploi ; traité social ; nouvelle politique commerciale de l’Union avec notamment un tarif extérieur commun pour que l’essor de la Chine, de l’Inde et d’autres ne signifie pas la précarisation du Nord ; initiatives fortes avec nos partenaires proches, dans les domaines de la recherche, de la technologie, de l’énergie, de la défense. L’Europe que nous voulons ne rime pas avec la mondialisation libérale, elle préfigure un autre monde.

A l’échelle mondiale précisément, parce que nous sommes internationalistes, nous voulons façonner le futur sur cette base. Interdiction du travail forcé, promotion des normes sociales et environnementales, augmentation réelle de l’aide au développement, démocratisation des instances onusiennes face à l’unilatéralisme américain. Sur tel ou tel point, nous aurons des débats. Une chose est certaine : nous ne dissiperons le scepticisme que si nous proposons un projet porteur d’espoirs concrets pour les Français et pour la France. Oui, l’Etat peut beaucoup. Non, le marché ne peut pas tout. Notre pays a des atouts formidables. Nous ne nous appelons pas le parti fataliste, nous sommes le parti socialiste.

Chers camarades,

Rassembler pour gagner, et gagner pour changer : voilà la feuille de route de notre espérance. Nous sommes le Parti socialiste, pas le parti fataliste. Le socialisme, c’est la force de celles et ceux qui ne se résignent pas. Condorcet, Schoelcher, Jean Moulin ne se sont jamais résignés. Jaurès, Mendès, Mitterrand ne se sont jamais résignés. Et Blum le juste disait : « Quand l’espoir hésite, il faut penser à l’humanité ». Alors, retrouvons-nous ! Rassemblons la gauche ! Ecoutons notre société qui veut à nouveau espérer ! Développons notre projet ! Pensons à l’humanité ! Et préparons-nous : car demain nous aurons à changer la France.


 
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